Strasbourg. – À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, l’Institut d’Anatomie de Strasbourg a ouvert ce dimanche ses portes au grand public.
Une initiative exceptionnelle, tant ce haut lieu de l’histoire médicale reste d’ordinaire réservé aux étudiants en santé et aux chercheurs. Attirés par la promesse d’une visite insolite, plus d’un millier de curieux se sont pressés derrière les imposantes façades de l’édifice, situé au cœur du vieil Hôpital civil.
Un bâtiment chargé d’histoire
Érigé en 1877 sur l’ancien bastion IV des fortifications de Vauban, l’Institut d’Anatomie doit sa silhouette pentagonale singulière à cette assise militaire. L’architecte Jacques Albert Brion mena sa construction avec la volonté affichée de Friedrich von Recklinghausen, doyen de la Kaiser Wilhelm Universität. Dès son inauguration, le lieu devait incarner le prestige scientifique et médical de l’Empire allemand à Strasbourg. Aujourd’hui encore, ses 9 000 m² d’espaces austères et majestueux impressionnent les visiteurs.

Des collections uniques en Europe 
Les couloirs labyrinthiques mènent à des vitrines fascinantes et parfois déroutantes : squelettes humains, pièces anatomiques séchées ou conservées dans des bocaux, modèles en cire, en plâtre ou en papier mâché, sans oublier les têtes momifiées venues d’Égypte et du Pérou. La majorité de ces collections date d’avant 1919 et témoigne d’un savoir-faire scientifique rare. Elles constituent, selon les spécialistes, l’une des plus riches collections d’anatomie de France, et même d’Europe.
Dans un amphithéâtre figé dans le temps, les visiteurs découvrent également des planches pédagogiques peintes au début du XXᵉ siècle, qui servaient autrefois à enseigner l’intimité du corps humain sans recourir systématiquement aux dissections.
Les ombres de la Seconde Guerre mondiale
Mais l’Institut ne se résume pas à sa grandeur académique. Les guides n’ont pas éludé la part sombre de son histoire. Pendant l’occupation nazie, la Reichsuniversität s’installa dans ses murs. Le professeur August Hirt, tristement célèbre, y fit transférer en 1943 les corps de quatre-vingt-six déportés juifs assassinés au camp de Natzweiler-Struthof. Longtemps occulté, ce pan tragique fut progressivement révélé grâce aux travaux d’historiens, permettant depuis 2003 d’identifier les victimes et de leur rendre sépulture au cimetière israélite de Cronenbourg.
Une visite qui suscite fascination et recueillement
Entre émerveillement scientifique et mémoire douloureuse, le public est ressorti marqué par cette immersion. « On apprend autant sur l’histoire de la médecine que sur celle de Strasbourg », confiait une visiteuse, émue par la solennité des lieux.
Cette ouverture dominicale, rare et précieuse, aura permis à tous de pénétrer au cœur d’un patrimoine scientifique aussi fascinant que fragile, témoin des avancées mais aussi des errements de la recherche médicale au fil des siècles.

